La femme au miroir de la Révélation

1- La femme et la révélation

La société des Arabes de la Mecque était patriarcale. La femme était peu considérée et n'avait pas, à proprement parler, de véritable statut social. En temps de pénurie, les Arabes de l'ère pré-islamique avaient coutume d'enterrer les filles vivantes pour se débarrasser de ces "bouches superflues". C'est donc aux acteurs de cette société que s'adresse d'abord le message et c'est contre l'inhumanité de leurs habitudes assassines que s'inscrit le Coran dès les premiers mois de la mission prophétique: la sourate du Décrochement ou de L'extinction (81) nous introduit dans le paysage de la fin des temps "Lorsque le soleil sera décroché..." et avertit: "lorsque l'on demandera à la fille enterrée vivante pour quel crime elle a été tuée..." (8,9). D'emblée il fut compris, à l'instar de Khadidja qui fut la première personne à adhérer à la nouvelle foi, que la Révélation s'adressait indifféremment aux hommes et aux femmes et que, de fait, elle engageait à une réforme profonde de la société et de son organisation.

Pendant de nombreuses années, les révélations vont se succéder pour faire mûrir les premiers croyants et leur permettre, chaque jour davantage, de se distancer, de "s'arracher" pourrait-on dire, de leurs anciennes habitudes, de leurs anciens réflexes. A quelques mois de l'Hégire, la critique du comportement des Arabes polythéistes à l'endroit des femmes est définitive: "Lorsqu'on annonce à l'un d'eux la naissance d'une fille, son visage s'assombrit, il suffoque, il se tient à l'écart, loin des gens, à cause du malheur qui lui a été annoncé. Va-t-il conserver cette enfant, malgré sa honte, ou bien l'enfouira-t-il dans la poussière ? - Leur jugement n'est-il pas détestable ?" Coran 16/58-59

C'est là une première étape dans la pédagogie du message coranique. Par la Révélation et par l'exemple du Prophète (PBSL), les premiers musulmans apprenaient à se réformer. Bientôt, avec l'Hégire, ils allaient franchir une étape décisive dans leur "éducation religieuse".

2- Les femmes de médine

Le premier traité (Aqaba) que Muhammad (PBSL) conclut avec les nouveaux convertis de Yathrib (Médine) est significatif. L'une des cinq clauses stipule que les musulmans ne doivent pas tuer leurs enfants. Par ailleurs, lors du second traité, des femmes feront partie de la délégation s'engageant à défendre le Prophète et l'islam.

La société de Médine est tout à fait différente de celle de la Mecque. La femme a un rôle social bien plus important et certains clans sont organisés selon les principes du matriarcat. Très vite, les nouveaux émigrés vont être troublés par les façons de faire des femmes Ansâr (femmes de Médine). Présentes dans la vie publique, elles s'affirment nettement dans l'espace privé. Omar ibn al-Khattâb (qui sera plus tard le second successeur de Muhammad (PBSL) affirma qu'avant l'Hégire "nous nous imposions à nos femmes et lorsque nous nous sommes rendus chez les Ansâr où les femmes s'imposent dans leur clan, nos femmes commencèrent à prendre les habitudes des femmes ansârites..." (al-Bukhârî, Muslim) et lui de regretter que sa femme osât lui répondre lorsqu'il la sermonnait et elle de lui rétorquer qu'il avait à supporter ce que le Prophète lui-même vivait.

Ainsi, la vie à Médine allait être une seconde étape décisive dans l'affirmation du statut des femmes dans la société islamique. De plus en plus, la Révélation coranique mentionnait tant les femmes que les hommes pour ce qui avait trait aux ordonnances et aux recommandations: "...Je ne laisse pas perdre l'action de celui qui, parmi vous, homme ou femme, agit bien. Vous dépendez les uns des autres..." Coran 3/195

La société s'organisait et les femmes étaient partie prenante dans la vie communautaire. La révélation de la sourate Les Femmes va déterminer quelques-uns des droits intangibles de la femme. De façon claire, et après que lui fut reconnu un statut identique à l'homme sur le plan religieux, elle trouve là la formulation claire de sa personnalité juridique sur le plan familial et social. On perçoit dès lors que le Coran a mené l'homme à comprendre tout à la fois l'égalité fondamentale et la complémentarité nécessaire de l'homme et de la femme.

3- Le quotidien véritable

On le voit, faire référence à un verset sans l'insérer dans le déroulement historique de la Révélation ampute le texte de sa dimension éducative. On prend comme absolu ce qui, en soi, est une étape menant à une intelligence plus large de la mission prophétique.

Il reste qu'il ne faut pas s'aveugler. Dans beaucoup de pays musulmans aujourd'hui, la femme vit dans des conditions bien difficiles. Mais la responsabilité en incombe aux musulmans: l'avenir, leur avenir, sera fonction de leur capacité à réanimer la source vive de la Révélation dans leur cœur, dans leur famille et dans leur société. Car, somme toute, homme ou femme, le meilleur d'entre les êtres humains est le plus pieux... et la plus pieuse.

4- L'espace familial

La famille est le noyau de base à partir duquel se construit la société islamique. Tous les textes coraniques et toutes les traditions du Prophète Muhammad (PBSL) nous en convainquent. Dans ce domaine, comme dans celui de la reconnaissance du statut de la femme dont nous avons parlé, il a fallu de nombreuses années pour réformer les coutumes de l'époque. A la Mecque surtout, mais à Médine également, il restait un nombre considérable de femmes maltraitées. Après être intervenu contre le meurtre des filles, le Coran détermine le mode de conduite des hommes s'il devait se trouver que leur femme les néglige ou les trahisse: "...Quant à celles dont vous redoutez (savez) la négligence (la trahison, la rébellion), exhortez-les, éloignez-les alors dans le lit et frappez-les enfin..." Coran 4/34

Beaucoup ont vu dans ce verset la preuve que l'homme avait tous les droits, dont celui de frapper son épouse. Or, à y regarder de plus près - et en tenant compte de nos remarques préalables - on s'aperçoit qu'il n'en est rien. Tous les commentateurs, et cela dès la première heure, ont relevé le fait qu'il y avait dans ce verset un ordre précis qui, par sa nature même, avait une fonction pédagogique pour des hommes enclins à en venir immédiatement aux mains (ce verset fut révélé après qu'une femme se soit plainte auprès du Prophète (PBSL) d'avoir été giflée par son mari - Tabari -). En effet, il s'agit, d'abord, d'exhorter (oua'aza) son épouse (et non pas de l'"admonester" selon la traduction de Masson ou de Chouraqui) en lui rappelant les versets du Coran, disent les exégètes (Ibn Kathîr, Qortobi). Ce n'est que si elle persiste dans son attitude de refus, qu'il convient de "l'éloigner dans le lit" ce que l'on a interprété comme le fait de manifester clairement la volonté d'éviter tout rapport affectif. Si rien de tout cela n'y fait, alors, et alors seulement, il serait permis de "frapper". Tous les commentateurs du Coran, du plus ancien (Tabari) au plus récent ont précisé qu'il s'agissait de passer par les étapes prescrites. Si rien n'y fait, il s'agit alors, comme le dit Ibn 'Abbas dans une interprétation qui date de l'époque du Prophète (PBSL), d'un coup symboliquement manifesté à l'aide de la branchette du siwâk.

Le propos devient dès lors plus clair. A l'adresse des Arabes, il est précisé que toutes les voies doivent être utilisées avant d'en arriver à exprimer sa mauvaise humeur. Il est la dernière

instance et en cela, dans sa non-violence, il est la seule violence permise. Le message adressé aux hommes est on ne peut plus clair: la voie du dialogue et de la concertation avec son épouse est celle qui correspond à l'esprit qui se dégage de la Révélation. Par ailleurs, l'enseignement ne s'arrêtait pas à ce verset et à son interprétation: l'exemple du Prophète, plus que tout, était à même d'exprimer le comportement idéal.

5- Le coran vivant

Les premiers musulmans avaient vécu plus de deux décennies en contact avec la Révélation continuée. Elle les avait menés du mode de vie le plus fruste à l'exigence de la méditation, de la délicatesse et de l'humilité que vivifiait en eux le Coran: "Ne détourne pas ton visage des hommes, ne marche pas sur la terre avec arrogance. Dieu n'aime pas l'insolent plein de gloriole. Sois modeste dans ta démarche ; modère ta voix..." Coran 31/18-19

Ils s'approchaient enfin de l'essence du message coranique, dans sa dimension et sa profondeur. Ils s'approchaient enfin du modèle: "Il y a certes dans le Prophète de Dieu un bel exemple pour celui qui espère en Dieu et (dans la rétribution) du Jour dernier..." Coran 33/21

Et quand on a demandé à son épouse Aïsha quel était le caractère de Muhammad (PBSL) elle répondit: "Son caractère était le Coran." Il en était la personnification, le premier et le meilleur interprète. Or jamais le Prophète (PBSL) n'a levé la main sur l'une de ses épouses. Tous les témoignages le montrent attentif, attentionné et respectueux de la personne et de la personnalité des femmes qui l'entouraient. A la même Aïsha, on demanda un jour ce que le Prophète faisait à la maison (en guise de tâche ménagère) ; elle répondit qu' "il était au service de sa famille, et de plus cousait ses vêtements et réparait ses chaussures."

Pédagogue avec ses compagnons, il leur enseignait l'islam par l'exemple. Sans brusquer les coutumes mais avec le souci, toujours, de parvenir à communiquer l'essence de l'islam. Un jour, il fut invité à manger ; il demanda à son interlocuteur "avec elle ?" en montrant son épouse Aïsha ; l'autre répondit "Non" alors Muhammad (PBSL) s'excusa de ne pouvoir accepter. La même situation se renouvela et, une fois encore, l'invitation fut refusée. Lors de la troisième rencontre, l'homme comprit enfin et répondit par l'affirmative à la présence de Aïsha. Le Prophète accepta de se rendre au repas accompagné de son épouse.

La mission prophétique touchait à sa fin. La descente du verset "Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion..." (Coran 5/3) était un signe et une indication: désormais tout était donné du sens et de l'esprit du Message. Aussi le Prophète, lors du "pèlerinage d'Adieu" n'omettra de rappeler aux hommes les principes fondamentaux de l'islam. Aux cent quarante mille fidèles présents et à quelques semaines de sa mort, il exhorta sa communauté: "Ô gens ! Vos femmes ont un droit sur vous et vous avez aussi un droit sur elles." Puis, après avoir répété le propos coranique susmentionné, il ajouta: "Traitez les femmes avec douceur !... Soyez donc pieux envers Dieu en ce qui concerne les femmes et veillez à leur vouloir du bien." Se tournant vers Dieu, il invoqua "Ai-je fait parvenir le Message ?" ; les fidèles répondirent "oui", et le Prophète (PBSL) de ponctuer "Ô Dieu, sois témoin !". Ce furent ses derniers propos publics concernant les femmes qui répondaient au sens du dernier verset révélé concernant la vie du couple: "Parmi ses Signes: il a créé pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous reposiez auprès d'elles, et Il a établi l'amour et la bonté entre vous. Il y a vraiment là des Signes pour un peuple qui réfléchit." Coran 30/21

Ainsi, par le Coran et l'exemple du Messager, qui sont les deux sources de références de l'islam, se dessine le vrai statut de la femme musulmane dans sa relation avec l'homme.

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