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On s’est beaucoup demandé ces derniers jours s’il fallait produire une charte de la laïcité québécoise. Malgré un soutien inconditionnel de la part des tendances les plus laïcardes (MLQ et autres), il s’avère par ailleurs qu’on a rejeté la proposition, tantôt avec le souci de se retrouver avec une interprétation plutôt fermée de la laïcité (Manifeste pour un Québec pluraliste), et tantôt avec la conviction qu’elle ne réglera pas « le problème central » que serait l’islam politique (PdB). Tant et si bien que c’est en s’appuyant sur le rapport Bouchard-Taylor que d’aucuns ont rappelé que c’est « un livre blanc » sur la laïcité au Québec qu’il nous faudrait plutôt voir proposé par le gouvernement. Or, le problème n’est pas tant d’espérer que Jean Charest se saisisse de la moindre proposition des commissaires sur les pratiques d’accommodements après presque deux ans d’inaction et d’inconséquences, mais bien plutôt pour le peuple québécois de se décider à engager un processus d’autonomisation qui puisse compenser d’une part l’immobilisme de la sphère politique et, d’autre part, le sensationnalisme médiatique dont profitent les marchands de la peur. En parallèle du juridique, du médiatique et du politiqueSi on connaît les avantages du recours aux médias pour exprimer les opinions dans l’espace public, ils trouvent cependant leurs limites dans la faveur qu’on y découvre pour les discours polarisateurs et dans la distribution inégalitaire de la parole. Alors comment favoriser le dialogue et l’harmonisation sociale en dehors de nos médias « impartiaux » et de nos tribunaux engorgés ? Premièrement, pour « déjudiciariser la pratique d’accommodement raisonnable », le rapport Bouchard-Taylor avait notamment proposé l’alternative de « la voie citoyenne » favorisant ainsi la « culture du compromis », « les accords facultatifs » et les « ajustements concertés » (p. 65). Or, cette voie n’a été conçue, dans le rapport en question, que sous la forme d’un « règlement à l’amiable » des conflits ponctuels entre des individus. Ce qu’il faudrait en complément, c’est qu’en deçà de ce genre de règlement, un espace de prévention et de formation à plus grande échelle soit ouvert. Concrètement, il s’agira de créer, de manière systématique et sous l’impulsion de l’État, une sorte d’agora citoyenne organisée simultanément à travers le Québec, en partant du niveau des quartiers, des municipalités, des régions et ainsi de suite par délégation jusqu’à celui de la Province. Dans ce forum public, et autrement que dans la CBT où on devait s’adresser qu’aux seuls commissaires, les citoyens sont appelés à se parler directement et à mettre périodiquement sur la table des questions qui fâchent, des problèmes épineux et des demandes d’explication relatives aux différences culturelles dans le cadre d’un projet social commun à la fois global et inclusif. Ainsi, et grâce à l’intervention de modérateurs soigneusement choisis pour le capital symbolique qu’ils possèdent, on favorisera non seulement un rapport immédiat de respect et d’acceptation mutuelle des citoyens et leurs diversités, mais également un apprentissage humanisé des différences culturelles et de la participation sociale. Deuxièmement, dès lors qu’un mouvement citoyen de base est enclenché, le politique n’est plus le seul organe de représentation constitué dans l’espace public. De cette façon, on pare à la fois à la démobilisation des citoyens qui accusent un déficit de confiance en la classe politique actuelle, ainsi qu’aux manipulations politiciennes (comme on en voit dans nombre de pays d’Europe) qui prennent par trop souvent les groupes culturels et religieux pour les boucs émissaires de leurs campagnes électorales populistes. Nourri par le fondement de ce qui définit le fonctionnement même d’une démocratie, le gouvernement ne pourra plus s’excuser de ne pas avoir prise sur le terrain social et fuir ses responsabilités dans l’apport de son soutien là où les citoyens le réclament pour proclamer la nouvelle identité inclusive du Québec. Plus qu’une charte de la laïcité et mieux qu’un livre blanc, une agora citoyenne parrainée par l’État constitue l’implantation sur le terrain à la fois des principes universaux de liberté, d’égalité et de citoyenneté ainsi que celle de la capacité souvent démontrée des Québécois à se parler encore là où d’autres le refusent tout bonnement. Salah Basalamah, professeur à l’Université d’Ottawa. |
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